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Cultura Popular Brasileira : JONGO

Dans l’article Jogos Europeus 2013 Partie 2 : La « Roda de Abertura » publié le 11 avril 2013, vous avez peut-être été étonné de découvrir à la fin une vidéo d’une danse bizarre que vous ne connaissiez peut-être pas : le jongo. Pour vous éclairer, voici un petit article sur le sujet !

 

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Manifestation culturelle afro-brésilienne, le jongo est aujourd’hui l’une des formes de « cultura popular brasileira » (entendez par là plutôt culture folklorique brésilienne) en vogue au Brésil, en particulier dans la région de Rio d’où elle est originaire. Il s’agit d’une forme d’expression qui intègre percussions de tambours, danse collective et éléments magico-poétiques.

 

HISTOIRE

S’il a clairement ses racines dans les savoirs, rites et croyances des peuples africains (notamment ceux de langue « Bantu », très présents en Angola), le jongo est né parmi les esclaves qui travaillaient dans les plantations de café et de cane à sucre du sud-est brésilien, principalement dans la vallée du fleuve Paraíba do Sul. Encore aujourd’hui, cette région à cheval entre trois états brésiliens (Rio de Janeiro – RJ, São Paulo – SP et Minas Gerais – MG), constitue la zone d’influence principale du jongo (cf. carte ci-dessous). Pour les esclaves, le jongo était une forme de loisir mais aussi de résistance culturelle à la domination coloniale.

 

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On retrouve nombre de jongueiros (danseurs de jongo) aujourd’hui dans la ville et la périphérie de Rio de Janeiro, du fait de l’exode rural qui suivit la fin du « cycle du café » (1840 – 1929) au Brésil : les populations n’ayant plus de travail dans les fermes de la vallée, elles immigrèrent vers la capitale emportant avec elles leurs cultures. Le Jongo da Serrinha, une des formes les plus connues de jongo, est le résultat de cette migration historique. Serrinha est en fait une colline (un Morro) du quartier de Madureira dans la zone nord de Rio. Au sein de cette communauté (comunidade), le jongo fut particulièrement préservé pour finalement arriver jusqu’à nous aujourd’hui.

Menacé par l’urbanisation, les migrations ou encore les discriminations envers la culture afro-brésilienne, le jongo semblait en effet voué à disparaître. Certains jongueiros (notamment Vovo Maria ou Mestre Darcy à Serrinha) décidèrent de se regrouper et d’agir pour préserver leur culture. Ils créèrent des spectacles de jongo et ouvrirent la roda de jongo aux enfants et aux jeunes (jusque là la roda était réservée uniquement aux plus anciens). Une rencontre annuelle des Jongueiros (pratiquants du jongo) réunissant les représentants de São Paulo et Rio de Janeiro fut également mise en place en 1996. De ces rencontres est né en 2000 le réseau pour la mémoire du Jongo Rede de Memória do Jongo e Caxambu ») qui a pour objectif de renforcer les liens entre les différentes communautés jongueiras ainsi qu’entre les jongueiros et la société en générale.

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Ce processus de mobilisation et d’organisation aboutit à l’inscription du jongo au patrimoine culturel du Brésil en 2005 par l’IPHAN (l’Institut du Patrimoine Historique et Artistique National), au même titre que d’autres manifestations culturelles comme la Samba ou la Capoeira.

 

PRINCIPALES CARACTERISTIQUES : Instruments, chants et pas de danse

Egalement appelé Tambu, batuque, tambor ou encore caxambu, le jongo se danse, se chante et se joue différemment selon la communauté qui le pratique. Il s’agit donc d’une forme d’expression très riche, conservant toutefois des traits communs à toutes les communautés, que ce soit le profond respect envers les anciens, la valorisation des énigmes chantées ou encore l’élément chorégraphique qu’on appelle « umbigada » (pas de danse lors duquel on a l’impression que quelqu’un vous tire par le nombril – umbigo en portugais). Le jongo paulista se danse ainsi plusieurs couples à la fois alors que le jongo carioca est un jongo de corte : il se danse un couple à la fois, les danseurs de la roda « coupant » et « achetant » le jeu pour remplaçant un des deux danseurs au centre.

Pour les jongueiros, le jongo est l’ancêtre de la samba, qu’il influença de manière décisive. Les fondateurs des écoles de samba furent en effet des pratiquants de jongo dans les favelas de Rio. En outre, la « umbigada », une des caractéristiques principales du jongo, se dit en dialecte africain quimbundu « semba », terme à l’origine du mot samba.

 

Les instruments traditionnels du jongo sont deux tambours, un grave appelé caxambu ou tambu et un aigu appelé candongueiro. Mestre Darcy inventa lui un troisième tambour soliste, désormais utilisé dans la plupart des rodas cariocas. Les tambours sont considérés comme sacrés, permettant la communication avec les ancêtres. Au début du jeu, les danseurs présentent d’ailleurs leur respect aux tambours.

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Le chant du jongo prend la forme de questions / réponses. Les chants sont appelés « pontos ». Le soliste chante les couplets, souvent improvisés et le chœur de la roda répond. Les pontos jongueiros évoquent la plupart du temps la nature, les événements de la vie quotidienne, le travail au champ ou encore la volonté de révolte face à l’oppression. Les paroles mélangent souvent langue portugaise et dialectes bantu ou quimbundo. Les jeux de mots contenus dans les chants de jongo servaient également comme une sorte de langage codé pour les esclaves, ce qui leur permettaient de communiquer entre eux, de se moquer même publiquement de leurs maîtres, sans que ceux-ci ne comprennent. Un ponto de jongo se termine toujours pas le mot « machado » crié par le soliste (ou celui qui va lui succéder). Les tambours et les danseurs s’arrêtent alors avant de commencer un nouveau ponto.

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Les pas de base sont relativement simples. Ce sont les mêmes pour les hommes et pour les femmes. La danse du jongo laisse une grande place à l’improvisation et à l’imagination du moment que l’on reste dans le bon tempo.

Voici un reportage de 15 min (documentaire produit par la chaîne Canal Futura dans le cadre de son émission « danças brasileiras » présentée par Antônio Nóbrega et Rosane Almeida) qui présente le jongo da Serrinha dirigé par Dona Maria Mendes. Le reportage est en portugais mais les dialogues ne sont pas trop nombreux et la vidéo donne un bel aperçu du jongo, ses principaux pas ainsi que ses chants. Vous verrez également que c’est un lien d’échange riche entre jeunes et plus anciens.

 

 

AUJOURD’HUI

Le professeur Bárbaro, présent aux Jogos Europeus 2013 à Munich, réalise avec son groupe Jongo da Lapa la désormais déjà traditionnelle roda do jongo da Lapa sous les arches de Lapa chaque dernier jeudi du mois à 21h et ce depuis juin 2004 !

Voici un aperçu de l’ambiance qui y règne (le ponto entonné par Bárbaro est une de ses créations, de son deuxième album, signe de la vivacité du jongo aujourd’hui !) :

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Si vous voulez en savoir plus (et parlez portugais), je vous conseille ces deux sources, dont j’ai tiré la majorité des informations ci-dessus :

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